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7.2 Petit glossaire de la culture

Le concepteur de ce module provenant du milieu universitaire des sciences humaines et le thème étant lié à l’observation de la culture, certains termes méritent d’être définis et expliqués. Il faut à la fois rendre le texte plus compréhensible et entrer dans la logique du culturel, qui accorde une grande place à la définition des termes. Cette section comprend donc une sorte de « glossaire » de quelques termes importants, mais explique aussi l’insertion de certaines notions dans la logique du module.

Une grande difficulté en sciences humaines, surtout d’un point de vue extérieur, est que la terminologie utilisée peut souvent paraître vague, imprécise. La réaction typique d’une personne provenant d’une autre discipline peut ressembler à celle-ci : « Comment faire de la science si les termes utilisés ne sont pas compris de façon univoque par tout le monde ? » Au-delà de l’éternelle querelle au sujet de la rectitude scientifique en sciences humaines se cache une importante distinction entre deux façons de penser, l’une formelle, l’autre fluide.

Chez les ingénieurs et les informaticiens, chaque terme se doit généralement d’avoir un référent (un sens, une signification) fixe, immuable. Une telle façon de penser est partagée dans certaines sciences humaines et certains tentent même d’adopter une terminologie provenant des sciences pures.

Mais il existe aussi une façon de concevoir la terminologie comme une façon plus ou moins adroite d’appréhender la complexité du réel, de tenir compte de la « nuance ». Pour certains observateurs de la culture, que l’on pourrait nommer « humanistes », le flou relatif de certaines définitions est lié au flou de l’objet lui-même. Les phénomènes observés sont trop « chaotiques » (« touffus ») pour se laisser définir par des termes simples. Il n’est donc pas surprenant de voir certains des termes utilisés dans la description de la culture changer de sens en fonction du contexte. Pour certains de ces humanistes, la capacité d’adapter les termes à l’objet étudié constitue une force de la pensée humaine et non un péché d’imprécision.

Il est donc malaisé de donner à certains de ces termes des définitions qui plaisent à la pensée formaliste. D’autant plus que plusieurs de ces termes ont souvent été galvaudés et qu’il n’est pas rare pour un spécialiste de la culture de réagir fortement lorsqu’un terme semble mal utilisé. Nous faisons donc ici une tentative de simplification des termes « pour les besoins de la cause ».

Tour à tour, nous parlerons de culture, de langage commun, d’idéologie, d’ethnographie et de diversité culturelle et des liens entre ces différentes notions.

7.2.1 La culture

Le terme « culture » est sans doute un des termes les plus difficiles à cerner. Il est utilisé dans des sens divers et il est parfois difficile de saisir la signification précise de ce mot lorsqu’il est utilisé dans un contexte donné. La « culture de la participation » qui nous intéresse ici correspond à une définition spécifique du terme « culture », qui ne couvre pas tous les sens que ce mot peut avoir.

En anthropologie culturelle, le terme « culture » a longtemps désigné un type particulier de groupe humain ainsi qu’un ensemble d’éléments liés à ce groupe : croyances, coutumes, comportements, etc. Le groupe désigné était compris comme une réalité complexe, soit, mais relativement bien circonscrite. Chaque culture était la culture d’un « peuple » donné, qui pouvait être nommé, voire localisé géographiquement. La culture était liée à une identité stable, l’« identité culturelle ». Pourtant, l’identité est un phénomène dynamique et cette définition classique de la culture était difficile à appliquer aux réalités complexes de la vie humaine.

Depuis le milieu des années 1980, une telle façon de décrire la culture a largement été abandonnée au profit d’une vision moins monolithique et plus fluide. La version actuelle de la définition de la culture est aussi appelée « postmoderne » parce qu’elle correspond à une période précise de l’histoire des études de la culture. Cette définition ne fait plus appel à un groupe donné, mais parle de la culture humaine, dans son ensemble, comme étant diversifiée. La culture est donc l’ensemble des phénomènes culturels et elle ne peut pas se diviser. Il n’est alors pas possible d’utiliser le terme « culture » au pluriel, puisque la pluralité implique des frontières que l’étude actuelle de la culture tend à abolir.

Le sens du mot « culture » tel qu’utilisé dans ce module est une version hybride entre les définitions classique et actuelle. Dans le cadre de l’étude du web social, la culture pourrait être décrite comme un mode de fonctionnement d’un groupe social particulier lié à un contexte précis.

Chaque mode de fonctionnement a sa logique interne et ses règles propres. Dans une telle conception de la culture, structurelle et fonctionnaliste, la stabilité et la cohérence sont tenues pour acquises. Nous utiliserons cette définition opératoire dans le cadre de ce module.

C’est en ce sens que l’on peut parler de « culture d’entreprise ». L’entreprise elle-même n’est pas « une culture » au sens traditionnel du terme. Mais il se construit, entre les membres d’une entreprise, une façon de faire et de penser qui peut être distinguée de celle d’une autre entreprise ou d’un autre milieu professionnel. Une telle « culture d’entreprise » se modifie au fil du flot du personnel et de multiples interactions. Mais il est possible de décrire cet objet mouvant comme s’il était stable. Certains peuvent alors parler de « contreculture », de « culture IKEA », de « culture grunge », etc.

La situation est plus complexe en parlant d’un groupe aux frontières indéterminées, comme celui lié au web participatif. En décrivant la culture du web participatif, doit-on parler de tous ceux qui visitent des sites web ou serait-il préférable de se concentrer sur ceux dont la participation active est mise en évidence ?

La négociation des frontières est une part importante de la notion de culture. En fonction de l’ouverture relative du groupe dont il serait le mode de fonctionnement, la culture peut elle-même être un système ouvert. Mais la notion de culture implique tout de même un respect de certaines règles.

Le mode de fonctionnement interne au groupe implique une certaine forme d’exclusion : ne feront partie du groupe que ceux qui sauront respecter les règles du groupe, ou qui sauront contourner ces règles d’une façon qui est compatible au groupe. Le « noyau » d’un groupe donné peut avoir une très grande liberté dans l’adaptation des règles alors que les nouveaux membres du groupe doivent faire « amende honorable » pour être acceptés dans le groupe.

Cette vision de la culture basée sur la négociation des frontières fait appel à la notion de « communauté » décrite dans le module précédent.

7.2.2 Le langage commun

La vie en communauté présuppose la communication et chaque groupe a son propre code de communication. Dans certains cas, il peut s’agir d’une langue qui est employée de façon majoritaire par les membres de la communauté. Ce serait le cas du français pour la Francophonie. Mais il y a aussi, à l’intérieur d’une même langue, voire entre diverses langues utilisées comme langues maternelles, des codes distincts qui permettent de désigner la communication à l’intérieur d’un groupe.

Même si le lexique (le répertoire des mots d’une langue) n’est pas toujours l’élément le plus essentiel de la distinction entre codes de la communication humaine, c’est souvent pour parler de différences de vocabulaire que l’on parle de « langages » liés à des « cultures ».

Le code de communication implique non seulement des termes communs, mais aussi des règles d’interprétation communes. L’analogie avec les langages de programmation peut être appropriée. Le même élément peut être utilisé dans différents langages, mais avoir des interprétations différentes.

Un « langage commun » est donc un code de communication partagé par les membres d’un groupe donné.

Le Jargon File d’Eric Raymond est constitué sur une terminologique du langage commun. C’est dans le même esprit que la rubrique « Jargon Watch » de la revue Wired a été construite.

7.2.3 L’idéologie

L’idéologie est un système d’idées largement partagé par les membres d’un groupe. Dans certains contextes, la notion d’« idéologie » a des connotations politiques fortes. Mais la définition que nous utilisons ici est relativement neutre.

Si la culture, dans le cadre qui nous intéresse, est un mode de fonctionnement, l’idéologie est une « vision du monde » qui est associée à ce fonctionnement. Malgré tout, les connotations politiques du terme peuvent revenir à la surface lorsque l’on note que ce système d’idées est généralement partagé sans être remis en question. C’est alors que l’idéologie s’apparente à la « pensée unique », la bête noire de l’étude des structures politiques. Mais il s’agit surtout ici de « croyances implicites » et d’axiomes de la pensée liée à un groupe.

L’« éthique » d’un groupe est un exemple frappant d’un système de croyances implicites. Des croyances sur le caractère éthique de certains faits sont habituellement partagées par les membres du groupe sans faire l’objet de discussions approfondies. Pourtant, ces croyances peuvent aussi être spécifiques à la culture dont elles forment une sorte de charpente.

Une certaine croyance en l’efficacité de la torture a été remise en question il y a peu de temps, aux États-Unis. Elle faisant pourtant partie d’une structure imposante entourant la lutte au terrorisme. Les superstitions offrent un exemple plus banal. Certains joueurs de baseball, par exemple, partagent des croyances sur l’efficacité de certains objets ou de certains rituels dans la finalité d’un match. Lorsqu’elles sont partagées, les superstitions peuvent entrer dans la composition d’une idéologie.

7.2.4 L’ethnographie

Bien que plusieurs autres approches puissent être utilisées pour aborder la culture, l’approche ethnographique est toute désignée pour donner au concept de culture son plein potentiel. Le terme ethnographie peut désigner plusieurs choses, allant d’une discipline académique à une forme d’écriture. Ici, elle sert d’approche descriptive de la diversité culturelle.

En tant qu’approche, l’ethnographie comporte un bagage théorique et méthodologique. Les ethnographes sont généralement des partisans de la recherche empirique « sur le terrain » et cherchent à comprendre divers phénomènes dans leur ancrage dans un contexte plus vaste. Il s’agit à la fois d’une prise de position épistémologique et d’un mode de réflexion particulier, qui ont leur utilité dans le cadre de l’étude du web participatif.

Plus que l’exactitude, la dimension « pénétrante » de l’analyse est ce qui caractérise l’approche ethnographique. On cherche moins à prouver une hypothèse qu’à dévoiler un pan de la réalité. Dans un contexte théorique, l’ethnographe tend à remettre en question l’universalité de certaines notions. Dans un contexte pratique, l’ethnographe cherche à provoquer une réflexion novatrice, tenant compte de la diversité culturelle. En somme, l’ethnographe « donne à penser ».

Du côté méthodologique, l’ethnographie est basée sur l’« observation participante ». Lors de leurs recherches, les ethnographes prennent une part active dans les phénomènes culturels qui les intéressent, tout en prenant le recul nécessaire pour observer ces phénomènes de l’extérieur. Outre le paradoxe de l’observateur, bien connu des sciences naturelles, cette approche du phénomène implique un double statut pour les chercheurs, à la fois insérés dans les contextes qu’ils étudient et « étrangers » à certaines de leurs dimensions.

Contrairement à la « recherche action », l’observation participante de l’ethnographie est basée sur un appareillage conceptuel provenant de l’étude de la diversité culturelle.

L’observation participante peut sembler mystérieuse, mais elle est bien compatible avec la culture du web. Elle peut d’ailleurs être comprise à travers le comportement de certains internautes.

Le cas de Michael Wesch, professeur d’anthropologie à Kansas State University, est frappant. Non seulement peut-il effectuer des recherches sur le web social, mais il participe activement au web. Sa vidéo The Machine is Us/ing Us est rapidement devenue très populaire et est parfois utilisée pour expliquer une part importante du web social. Il s’agit déjà d’un « classique » du web. Mais c’était aussi un travail ethnographique qui s’insère très directement dans le web participatif.

Wesch a agi dans le web social pour l’expliquer de l’intérieur. Il a produit une première version de cette vidéo dans le but de créer un document d’exemple pour accompagner un texte universitaire. Le document est donc dirigé vers le milieu de la recherche, conçu comme extérieur à la culture du web participatif. Pour ses recherches, Wesch tentait moins de comprendre YouTube comme technologie que de s’insérer dans la culture de YouTube, surtout dans le cas de ceux pour qui YouTube est réellement un lieu de participation. Ceux pour qui YouTube représente une sphère d’action liée à l’identité primaire. Dans ce cas précis, YouTube sert plus ou moins de plateforme de « blogue vidéo » (vlog) et de conversation, comme tente de le faire Seesmic, développé par le blogueur français Loïc Lemeur.

Dans la présentation suivante, Wesch décrit YouTube tout en dévoilant sa méthode de recherche, basée autant sur le « faire » de YouTube que sur le « voir ».

Digital Ethnography Blog Archive, « An anthropological introduction to YouTube » video of Library of Congress presentation

La méthode de Michael Wesch est donc basée sur l’observation participante. Il ne s’agissait pas pour Wesch d’effectuer un « terrain classique » en vivant dans un village reculé pendant une longue période de temps, mais de comprendre la culture « de l’intérieur », en acceptant sa logique interne et en œuvrant en son sein. Wesch a d’ailleurs obéi à de nombreuses règles de la culture de participation, en réalisant cette vidéo. Il a mis en ligne diverses versions de sa vidéo, il a été ouvert aux commentaires de ceux qui ont visionné les premières versions de sa vidéo, il a utilisé certains éléments du « langage » du web, il a distribué son œuvre sous une licence non restrictive, il a créé sa vidéo « avec les moyens du bord » et il a utilisé du « contenu musical » provenant d’un autre internaute. Cette vidéo de Wesch peut donc être considérée comme représentative de la culture du web participatif. Par contre, elle a fait face à une réception plutôt tiède dans le milieu universitaire pour lequel elle avait été conçue.

La structure de ce cours se rapproche de celle de projets basés sur l’observation participante. En ce sens, le cours INF 6107 est un peu une « introduction à l’ethnographie pratique du web social ». Vous participez déjà à diverses activités sur le web et vous vous insérez plus profondément dans la culture du web social. Mais vous devez aussi prendre une certaine distance par rapport à l’objet étudié et observer le web comme si vous n’étiez pas engagés dans la dimension sociale du web. Tout au long de ce cours, vous effectuez un travail d’« ethnographe amateur » dans l’étude du web social. Pour la cinquième et dernière activité de ce cours, vous devrez tirer certaines conclusions de cette expérience.

Contrairement aux experts de l’ethnographie, vous ne serez pas jugés selon les critères internes de l’approche ethnographique. Mais vous travaillez en quelque sorte dans un mode ethnographique, découvrant pour vous-mêmes un « monde » distinct.

En rapport avec d’autres approches, le parti-pris de l’ethnographie est d’effectuer le passage entre le familier et l’exotique, entre le reconnaissable et le déroutant.

Dans le texte suivant, l’ethnographe et blogueur Grant McCracken définit la culture comme le « logiciel » de la vie contemporaine tout en jouant avec une image de la culture inuk. Ce passage entre l’exotique et le familier est fondamental en anthropologie culturelle qui le met au centre de la « prise de conscience de la culture » (cultural awareness).

Lecture



- Lecture. This Blog Sits at the : Culture matters

- Question d’approfondissement. Comment cette analogie entre culture et logiciel peut-elle permettre de faire un lien entre la condition humaine et l’informatique ?

7.2.5 La diversité culturelle

Liée à l’anthropologie culturelle et à d’autres sciences humaines, l’ethnographie est basée sur la diversité humaine. Si tous reconnaissent une unité de l’espèce humaine, les caractéristiques particulières de contextes spécifiques constituent le principal objet de recherche de l’ethnographie. C’est d’ailleurs par l’observation de modèles (patterns) communs que l’ethnographie réussit à construire les modèles que certains conçoivent comme des cultures distinctes. Il est toutefois important de noter que cette distinction entre cultures n’implique pas des limites nettes et infranchissables. L’ethnographie tente simplement de rendre patente la diversité humaine à l’aide de modèles qui révèlent une analyse pénétrante.

Comme tout autre contexte, le web est culturellement diversifié. Cette diversité a des conséquences importantes dans l’étude de la culture de participation puisque celle-ci correspond à un modèle parmi d’autres de culture du web. Selon certaines études, la participation sur le web est un phénomène minoritaire. Un modèle alternatif de la culture web pourrait donc être basé sur la « passivité », les internautes actifs étant alors conçus comme une « sous-culture » du web. Un groupe influent, soit, mais un groupe minoritaire et donc non représentatif de la culture du web en général. Dans ce contexte, l’accent mis sur la participation active provient d’une « perspective à spécificité culturelle » : ce sont les membres de la « culture de participation » qui conçoivent la participation active comme fondamentale, le reste du monde n’accordant potentiellement que peu d’importance à l’activité en ligne.

À travers cette distinction se dégage la possibilité d’examiner divers comportements sur le web comme s’ils obéissaient à des règles distinctes. C’est en ce sens que l’on peut modéliser des « cultures » diverses dans le même champ, voire élaborer une notion de choc culturel : alors que le web se généralise à travers la population, la « culture de participation » se heurte à la « culture de passivité » qui est, elle, plus commune dans la société en général. Il n’est pas question, ici, de débattre du bien-fondé de chacune de ces deux approches (« participative » et « passive ») du web. Seule suffit l’idée d’un fossé entre deux « cultures » distinctes, tout en prenant en considération le chevauchement possible entre ces deux approches. Déjà de ce point de vue, le web est diversifié. Cette diversité semble obéir à un modèle très simple (une opposition ou une continuité entre deux approches). Mais l’étude de la diversité ne dépend pas de tels modèles.

En fait, le « degré de participation » peut s’analyser selon divers portraits d’utilisateurs types. Dare Obasanjo, directeur des programmes chez Microsoft, a décrit certains types d’utilisateurs, en se concentrant sur les early adopters. D’ailleurs, sa description de cette catégorie d’utilisateurs est liée au fondement de la « culture geek ».

Lecture



- Lecture. Dare Obasanjo aka Carnage4Life - Note to Web 2.0 Companies : Early Adopters are not the Mass Market

- Question d’approfondissement. Quelles conséquences pourrait avoir le fait de bâtir un outil participatif pour le « geek type » ?

Dans le web participatif, la prise de possession des moyens de production est non seulement permise, mais elle est presque considérée comme obligatoire. La passivité est peu considérée. Les badauds (lurkers) sont marginalisés. Non seulement le web participatif s’inscrit-il en opposition avec la notion de « consommation de contenu », mais il retient de l’« étique hacker » l’idéologie de l’autonomie radicale. Il s’agit non seulement du « je fais tout moi-même » (do it yourself), mais d’une injonction parfois agressive à ne communiquer avec les membres d’un groupe que si l’on a l’intention de contribuer au projet commun.

C’est une telle idéologie qui semble sous-tendre le texte suivant d’Eric S. Raymond, faisant figure ici de porte-parole officieux des « hackers ». De la bonne manière de poser les questions

Les éléments de ce code de conduite peuvent sembler aller de soi. Ils proviennent pourtant d’une culture spécifique qui tend à devenir statistiquement minoritaire dans le contexte de la « démocratisation » d’Internet. Quelles conséquences peut avoir ce code de conduit dans le cadre du web participatif ?

La diversité culturelle implique un ensemble de références communes au sein d’un groupe donné. Dans certains groupes sociaux, c’est justement cette « communauté des références » qui dévoile la diversité. La participation de nouveaux membres aux activités d’un groupe donné met en évidence l’importance de ces références. Pour participer aux activités du groupe, il faut en connaître les références. Le fait de ne pas saisir les allusions faites par des membres d’un groupe auquel on tente d’appartenir peut avoir des conséquences importantes sur la participation.

L’exemple suivant provient de David Pogue, chroniqueur technologique pour le New York Times.

Lecture



- Lecture. From the Desk of David Pogue : The Culture of the Internet

-Question d’approfondissement. Peut-on dire que David Pogue était un étranger à la culture de l’internet, avant que se déroulent les événements qu’il relate ? Et par la suite ?

Malgré une connaissance approfondie de la culture du web participatif, il admettait ne pas comprendre le sens de l’expression rickroll. Cette expression désigne un gag consistant à pousser les gens à visionner une vidéo du chanteur Rick Astley. Il s’agit donc d’une expression plutôt triviale et assez limitée dans son utilisation. Le fait de ne pas en connaître le sens ne devrait pas avoir de conséquences très profondes sur la capacité de Pogue à s’insérer dans le web participatif. Mais c’est précisément par cette expression que Pogue a pu constater une dimension importante du travail de la réputation : le poids du ridicule.

La diversité linguistique des internautes permet, dès l’abord, de situer une certaine diversité culturelle sur le web. C’est d’ailleurs un facteur limitant du web participatif en ce sens que la participation nécessite généralement une communication ouverte. Pour ce qui est de la propagation de l’information, il y a souvent des internautes bilingues qui peuvent faire le pont entre diverses communautés, au-delà des barrières linguistiques. L’information peut donc être transmise à travers Internet dans son ensemble. Mais le nombre relativement limité de liens existant entre certains sous-réseaux définis par la langue implique une participation limitée. En d’autres termes, s’il y a un certain nombre d’internautes qui peuvent communiquer dans plus d’une langue (par exemple, en espagnol et en français), cela ne signifie pas que les internautes communiquant dans ces langues puissent participer de la même façon sur le web. Il existe bien des façons de collaborer sans utiliser le langage, par exemple en dessinant sur une même surface ou en jouant d’un instrument de musique. Mais la culture de participation n’est pas seulement un mode de collaboration.

À l’évidence, l’anglais est la langue dominante du web. Pour un grand nombre d’internautes, le fait de ne pas pouvoir communiquer efficacement en anglais est un élément important de difficulté à la participation sur le web.

Pourtant, le web est mondialisé et la culture de participation le couvre dans son ensemble. Il n’y a pas nécessairement de zone sombre du web dans laquelle la culture de participation ne peut pas pénétrer. Simplement, le web participatif se profile selon des modèles de diversité, tant linguistiques que culturels.

La modélisation de la diversité culturelle sur le web peut aussi s’effectuer diachroniquement, à l’échelle temporelle de l’histoire d’Internet. Dans le texte suivant, le communicologue et enseignant Martin Lessard décrit six modèles d’utilisation d’Internet comme des cultures distinctes.

Lecture



- Lecture. ZERO SECONDE : Les 6 cultures d’Internet (par Martin Lessard)

- Question d’approfondissement. Comment la connaissance de cette sixième culture Internet décrite par Lessard peut-elle influencer le développement de nouveaux outils sur le web ?