Le web social et la circulation de l’information


4.4 La multiplication des sources

4.4.1 Les nouveaux créateurs de réalité : le cas de blogues

Une image vaut mille mots. Mais mille images valent mieux qu’une
seule. On peut truquer une photo ; il est beaucoup plus malaisé de
truquer 1000 images de 1000 sources différentes. Les récits incarnés
sont aussi plus humains. La subjectivité n’est plus cachée. La
transmission de simples traces figées ne semble plus suffisante : il y
a un volonté d’expérimenter de façon multiple la réalité. C’est ici
que le web social entre en scène.

On ne se fie plus à une source, on préfère se fier à une multitude
de sources. Quoi de mieux qu’Internet pour permettre aux acteurs ou
aux spectateurs d’un événement de devenir eux-mêmes les producteurs et
les diffuseurs exclusifs ou collectifs de cet évènement ? Internet a
abaissé le coût d’accès aux outils de production et de diffusion de
communication.

Prenons un exemple récent : la montée des blogues. Nous avons
vu dans le module précédent avec quelle facilité il est possible de
créer et de maintenir un blogue. Désormais, lorsqu’une nouvelle sort
dans les médias de masse, on en parle inévitablement dans les blogues.

Un terrain plus égalitaire

A. J. Liebling, un célèbre journaliste américain du siècle dernier,
écrivait : « Freedom of the press is guaranteed only to those who own
one. » On peut aujourd’hui le paraphraser ainsi : « Freedom of
speech is guaranteed only to those who own a blog. »

La nouvelle modalité d’autopublication qu’offrent les blogues et les
autres formes de diffusion de l’information (comme les wikis et les
forums) accentue la crise de légitimité institutionnelle des grands
médias. Quand une page web pointe vers deux sources, l’une étant un
article d’une institution des médias de masse, et l’autre un billet
d’un blogue, la valeur des hyperliens est la même : ils ont un poids
équivalent.

Rebecca Blood, auteure, journaliste et conférencière, le résumait
ainsi en 2004
 :

To some extent, the permalink [nom canonique donné à l’URL d’un
billet d’un blogue] also elevated weblog commentary to a legitimate
form of discourse. A link is, after all, a link. Whether it leads to a
weblog entry or a syndicated column, each link on a page has equal
weight. If the nature of weblogs is to democratize publishing, perhaps
the nature of hypertext is to equalize influence, at least within the
context of the page.

Par exemple, l’influence égalitaire des hyperliens a amené à
populariser le site Wikipédia. L’ensemble des liens pointant
vers l’encyclopédie a propulsé le site au-dessus des autres
encyclopédies plus classiques dans les pages de résultats. La même
dynamique est à l’œuvre en ce qui concerne les liens vers des blogues sur des sujets niches. En retour,
avec cette reconnaissance, les liens sortant de ces blogues possèdent
un plus grand poids.

Créer la réalité

Sans retransmission de l’information, un évènement ne peut pas être
connu. Sauf pour ses témoins directs, en pratique, il
n’existe pas. Souvent, les blogueurs ont remarqué que
relater un évènement le crée plus qu’il ne le décrit.
C’est un premier pouvoir, « créer » la réalité. Comme le journaliste,
le blogueur relate un évènement en l’exprimant, en lui donnant un
sens. Il l’organise selon un point de vue.

Structurer, organiser, c’est créer jusqu’à un certain point. Par l’expression et la mise en
mots, il donne un sens et organise la réalité qu’il entend décrire.
Par la publication, d’autres personnes en prennent connaissance. Voilà
pourquoi on peut dire qu’un billet, comme un article, crée la réalité.

Isolé, un blogueur n’aurait que peu de poids. Mais avec l’ensemble de
la blogosphère, par la force du nombre, les blogueurs donnent à voir
ce qui se passe d’une autre façon. Auparavant, pour communiquer une
réalité, pour attirer l’attention générale, un individu devait passer
par les médias de masse. Aujourd’hui, avec l’autopublication accessible à
tous, le « monde tel qu’il est », ce monde vu par ceux qui le
rapportent, semble entrer dans un Big Bang et donne l’impression d’un
monde qui s’accélère.

Les médias ne sont donc pas nécessairement en cause. Au fond, il n’y en
a simplement peut-être pas assez pour que l’on se fasse une idée juste
du monde. La blogosphère, lorsqu’on prend le temps d’en faire le tour,
nous donne une mosaïque de perspectives, qui permet de se faire une
idée peut-être plus nuancée des choses ou qui peut ébranler des
certitudes, voire créer la confusion.

4.4.2 La demande rendue visible

Nous venons de voir comment peut exister un ensemble de points de vue
autopubliés et s’adressant « à qui de droit ». Cette explosion des
sources de contenu, comme avec le cas de la blogosphère, que ce
contenu soit pertinent ou non, est incontestablement une
caractéristique du web social.

Le web social est possible grâce à
l’ensemble des outils qui permettent à tous et chacun, d’une façon ou
d’une autre, qu’importent les outils et leur portée, de relier des
gens et de générer du contenu. Au fur et à mesure du développement sur
le web, on voit ces usages se déplacer d’un outil à l’autre, mais la
double caractéristique essentielle reste constante : lier les gens,
puis transmettre de l’information.

Évidemment, le web n’a pas inventé les réseaux sociaux. Mais ce qui
est en train de se produire avec Internet est la formalisation des
traces de ces réseaux sociaux. On remarque de plus que l’information qui y
circule n’est pas la même que celle des médias de masse.

En 2007, une analyse du Project for Excellence in
Journalism
a démontré les
différences entre les nouvelles diffusées sur des sites dont le
contenu est déterminé par les internautes (Digg, Del.icio.us et
Reddit) et les nouvelles des médias de masse américains. Il a été
constaté que les médias ne portaient leur attention que sur seulement
quelques grandes histoires (51 % des nouvelles). Sur les sites web, ces
mêmes sujets ne représentaient que 5 % des thèmes retenus. Sur ces
sites collaboratifs, aucun thème en particulier n’émerge, mais il a été
noté que 70 % des histoires retenues provenaient de blogues ou de
portails comme YouTube.

Il est probable que cette observation provient de la surreprésentation
d’une catégorie de gens – en 2007, ce n’est pas tout le monde qui a
l’envie de « participer » au choix des nouvelles ni qui est à l’aise avec ces outils. Mais cela indique clairement que lorsque
les gens ont l’occasion de choisir ce qui les intéresse à un niveau assez fin, la
sélection et le type de l’information propagée subissent un changement.

Les médias de masse, structurellement, sont dans une économie fondée
sur l’offre. Ils bâtissent leur offre de contenu (la fonction
éditoriale) en fonction de leur vision de l’auditoire. En général,
leur auditoire visé reste très large. Il n’est pas viable pour la
chaîne de télévision québécoise TVA de parler, par exemple, de la modeste exposition agricole du comté
de Kamouraska, même si celle-ci peut grandement intéresser les gens de
la région. La structure industrielle de la chaîne en empêche la
rentabilité. Par contre, avec les outils du web social, il n’y a plus
de barrière économique ou technologique au désir de communiquer une
information de niche comme parler d’une exposition agricole locale.

Sur le web, il est possible de créer une économie fondée sur la
demande. Le web social permet à une information non véhiculée par les
médias de circuler parmi des groupes d’intérêt. En abaissant le coût
d’acquisition et de diffusion d’une nouvelle, le web permet de rendre
viable une activité de partage autrefois trop chère à exploiter.

Il existe bien une demande et le web social y répond. Mais avant, il
faut comprendre comment l’information fait pour arriver jusqu’à nous.

4.4.3 Les nouveaux intermédiaires

Reconnaissons-le, nous n’aurons jamais assez de temps pour faire le
tour de toutes les sources d’information. Force aujourd’hui est de
reconnaître que si on a crié, au début d’Internet, à la mort des
intermédiaires (si le contenu est directement accessible, pourquoi
aurait-on besoin d’un intermédiaire ?), il est devenu évident que nous
ne pouvons faire face seuls au déluge d’information qui nous inonde à
chaque simple recherche.

C’est ainsi que les participants du web social (via les blogues, les
tags, les wikis, Facebook, etc.) se sont positionnés en
débroussailleurs d’information, en filtreurs du contenu, en
pourfendeurs (ou en créateurs) de rumeurs, en enquêteurs de questions
qui ne sont abordées nulle part ailleurs.

Nous avons déjà mentionné le
pouvoir de créer un événement en le documentant. L’un des pouvoirs que donne
le web social est celui de « créer » du sens avec de l’information. En
mettant en contexte une information, en donnant un point de vue sur celle-ci dans
leur billet, en l’étiquetant, en le citant dans les canaux de
microblogging, le web social enrichit sémantiquement un lien ou une
nouvelle. Il fournit de nouvelles interprétations.

Il y a une différence entre donnée (data) et information. Des données
mises en contexte deviennent de l’information. En triant et en classant
les multiples informations éparses qui se trouvent sur le web, un
auteur met en relation différents éléments d’où émerge une certaine
vision des choses, une certaine information. L’hyperlien connote ou
exprime un point de vue : on peut lier un article sur un fait divers
en titrant le lien « horreur » ou « incroyable ». La sélection ou la
juxtaposition d’informations préalablement non reliées donne un tout
nouveau contexte aux pages considérées comme des données mises en
contexte.

Lecture



- Lecture. Première section de ce billet de Jean-Marie Le Ray :
Gouvernance Internet : la mainmise des États-Unis réaffirmée (avec
force)...


- Question d’approfondissement. Comment la construction du texte et les liens choisis permettent-ils à l’auteur de faire ressortir un angle, une interprétation des faits qui,
pour lui, ne semble pas avoir été relevée par les intervenants
européens ?

Reprenons le cas des blogueurs. Ils forment des groupes informels,
composés d’individus fortement indépendants, mais qui produisent
collectivement une quantité industrielle de contenu, de savoir et de
connaissance. La blogosphère est devenue une sorte d’agence de presse avec
des millions de reporters, dont plusieurs experts, qui donnent
gratuitement leur temps et leur connaissance.

Dans les médias traditionnels, la crédibilité repose sur une instance
qui décide ce qui doit ou ne doit pas être publié. Le web social ne
fait pas nécessairement le même travail. Parfois filtre, parfois
relais, les informations sont souvent publiées avant d’être validées.
Elles sont souvent validées a posteriori. Nous verrons au point
suivant comment peut émerger une information de qualité après
publication (par opposition à un tri avant publication).

L’agenda setting

En 1972, McCombs et Shaw ont inventé le terme agenda setting pour
décrire la fonction des médias de masses qui « exercent un effet
considérable sur la formation de l’opinion publique, en attirant
l’attention de l’audience sur certains évènements et en négligeant
d’autres. L’agenda setting « n’est pas de dire aux gens ce qu’ils
doivent penser, mais sur quoi ils doivent concentrer leur
attention
 ».

À cette époque, les théoriciens de la communication voyaient
une coupe franche entre l’état de journaliste et l’état de lecteur.
Comme une fonction significative d’une autopublication consiste
aussi à attirer l’attention de l’audience sur certains sujets et,
conséquemment, à en passer d’autres sous silence (c’est-à-dire à
structurer – même inconsciemment – une hiérarchie des sujets qui crée
l’actualité), le web fait lui aussi désormais de l’agenda setting.

Lecture



- Lecture. Who are your
gatekeepers
 ?
de Paul Andrews.

- Question d’approfondissement. Pourquoi Andrews pense-t-il que le rôle du garde-barrière évolue avec l’augmentation de la quantité d’information disponible ?

4.4.4 La problématique du filtrage

Sur le web, la quantité de contenu disponible est ingérable. Les
anciens gardes-barrières de la culture n’arrivent pas à tout filtrer
en amont avec les méthodes traditionnelles. Et, fait nouveau, même s’il y a
filtrage, il y a toujours moyen de passer outre ces gardes-barrières.
En très peu de temps, les consommateurs d’information sont passés de
la dépendance à l’autonomie.

L’affranchissement des utilisateurs face aux
médiateurs (documentalistes, bibliothécaires, journalistes, etc.) qui
filtraient l’information de qualité force aujourd’hui le
développement de nouvelles stratégies de tri. La sélection des
informations se faisant auparavant en amont, la tâche se retrouve
aujourd’hui déposée sur les épaules des utilisateurs, en aval.

Est-ce que chacun devra développer son propre système de filtre ? Si
l’accès au contenu n’est plus un problème, l’interprétation d’une si
grande quantité reste problématique. Elle l’était pour les
gardes-barrières, elle l’est davantage pour le commun des mortels.

Le commun des mortels a cependant la force du nombre. Est-il possible de l’exploiter pour identifier les informations qui valent la peine qu’on y porte attention ? La réponse est peut-être positive. Examinons deux grands types de filtrage social : le filtrage de communauté et le filtrage de réseau.

Le filtrage de communauté

Dans le modèle de filtrage de communauté, chaque élément de contenu est proposé par un participant et devient sujet au vote des autres participants. Il peut s’agir d’un article, d’un lien, d’une photographie, etc. En général, ces votes sont utilisés comme mesure de la qualité d’un contenu.

Le système Scoop qui fonctionne derrière les sites kuro5hin.org et DailyKos est l’un des pionniers de ce type de filtrage. Son fonctionnement est le suivant. Les membres du site soumettent des articles à une file d’attente qui n’est visible qu’aux autres membres. Pendant une période de quelques jours, l’article peut être commenté par ces membres et il reçoit des votes d’approbation ou de désapprobation. Pour être publié sur la page d’accueil du site, un article doit recevoir un certain nombre de votes en faveur de plus que le nombre de votes en défaveur. Sinon il ne devient pas public (ce qui n’empêche pas son auteur de le retravailler par la suite). Les articles publiés demeurent ouverts aux commentaires.

Les sites Reddit.com.com et Digg.com opèrent de façon analogue, mais ils sont centrés non sur la publication d’articles mais sur le partage de liens (avec un court commentaire d’introduction dans le cas de Digg). Sur ces sites, toutes les soumissions sont publiques. Les liens moins populaires ne sont pas effacés, mais ils ne reçoivent jamais l’attention des liens qui sont sélectionnés pour la page d’accueil du site.

Le site Popurls tient à jour les liens les plus populaires sur les divers sites de filtrage communautaire, incluant Reddit et Digg (qui comptent ensemble plusieurs millions d’utilisateurs).

Les sites de filtrage communautaire permettent donc d’exploiter un investissement modeste (le vote) de la part d’un grand nombre de participants pour créer une collection intéressante de contenus. En revanche, le modèle communautaire fait l’hypothèse qu’il y a homogénéité dans les intérêts des participants : en définitive, le même menu est servi à tout le monde. Si quelque chose présente peu d’intérêt pour la plupart des participants, il ne traversera pas le filtre et vous n’en entendrez pas parler même s’il a beaucoup d’intérêt pour vous.

À l’inverse, les contenus populaires ne présentent pas nécessairement un grand intérêt pour tous. Pour s’en convaincre, il suffit de visionner quelques-uns des vidéos favoris de la communauté YouTube.

Une autre faiblesse du modèle communautaire réside dans la propension pour les utilisateurs à tenter de s’organiser pour fausser le vote en faveur de leurs contenus. Si vous souhaitez en savoir plus sur les limites du filtrage communautaire tel qu’implanté sur digg, lisez le texte « Why Digg Failed ».

Le filtrage de réseau

Le web social offre une alternative au filtrage centralisé que nous venons de présenter. Par un effet qui s’apparente au hasard, ou à la sérendipité un peu contrôlée, notre réseau filtre naturellement vers nous des contenus divers. Les informations susceptibles de nous intéresser ont tendance à être relayées jusqu’à nous.

Vous avez certainement déjà visionné plusieurs vidéos drôles ou
intéressantes. Comment les avez-vous trouvées ? Il est peu probable que
vous ayez fouillé sur un portail vidéo, page après page, à la recherche de perles ; il est plus probable que la majorité de ces contenus vous
ait été envoyée ou proposée d’une façon ou d’une autre par vos
proches qui, eux, les tenaient de quelqu’un qu’ils connaissaient, et ainsi de suite.

La communauté ambiante sert donc de filtre pour augmenter le ratio
signal-bruit. En choisissant à qui l’on porte attention, on choisit ses filtres.

Filtrer l’information veut inévitablement dire en rejeter certaines et en retenir
d’autres. Le clergé, les universités, les journalistes ont filtré et
continueront à filtrer l’information. Mais aujourd’hui émerge un
modèle parallèle adapté à l’ère de la surabondance des informations :
ce qui percole à travers le réseau social numérique devient digne d’attention.

4.4.5 L’économie de l’attention

Si on considère l’économie comme un ensemble de règles qui orientent
nos efforts et gouvernent nos motivations, alors on peut considérer
qu’Internet offre une nouvelle forme d’économie, l’économie de
l’attention
.
Concentrer son activité mentale sur quelque chose, une information,
une personne devient un enjeu majeur dans une monde où surabonde
l’information.

Une économie est fondée sur un marché où sont transigés des biens ayant
une valeur selon leur rareté. Le web peut être vu comme un marché de
l’information où des auteurs (producteurs) transigent avec des
lecteurs (consommateurs). Mais comme il y a surabondance
d’information, la ressource qui est rare, précieuse et recherchée
n’est ni l’information elle-même ni l’argent pour l’acquérir, mais le
temps consacré à consommer une information, c’est-à-dire l’attention.

What information consumes is rather obvious : it consumes the
attention of its recipients. Hence a wealth of information creates a
poverty of attention, and a need to allocate that attention
efficiently among the overabundance of information sources that might
consume it.

Herbert Alexander Simon, 1971. [1]

Auparavant, les lecteurs devaient faire de grands efforts pour trouver
un document. Aujourd’hui, c’est le choix de porter attention à tel ou
tel document qui demande un effort. Comme tout sur le web se situe
virtuellement à un clic de distance, les informations se font constamment concurrence
pour attirer l’attention du lecteur. Le document, pour exister
comme information, doit être trouvé et circuler sur ce marché. Les
créateurs de contenu développent plein de stratégies, du design de la
mise en page à la publicité, en passant par l’animation, la vidéo,
etc. pour solliciter l’attention des lecteurs. Tous les moyens sont
bons. Et dans un monde où parfois la même information se retrouve à
plusieurs endroits, sous diverses formes mais avec le même fond,
c’est l’embarras du choix qui guette l’internaute. Comment fait-il
pour choisir ?

Le web social est l’un des vecteurs qui émerge comme stratégie de
filtrage. Une information qui est véhiculée dans nos réseaux sociaux
possède davantage d’attrait pour nous : elle a été triée comme
suffisamment valable pour être distribuée dans cette chaîne. La
personne qui est capable de recevoir de l’attention de la part des
membres de son réseau a la confiance de ceux-ci.

4.4.6 Le capital de notoriété par l’hyperlien

Les moteurs de recherche comme Google interprètent le lien vers une
page web comme un indice d’approbation par des pairs. Sous cet
angle, un lien est un vote. Lier c’est donner une valeur aux yeux des
moteurs de recherche. La valeur d’être retrouvé, la valeur d’être
reconnu. Lier c’est donc créer de la valeur.

Lecture



- Lecture. Links and Power : The Political
Economy of Linking on the
Web
de Jill Walker.

- Question d’approfondissement. Pourquoi Walker lie-t-elle hyperlien et pouvoir ?

Ce pouvoir conféré au web social, en particulier aux férus de tagging et aux
blogueurs, est de donner existence à du contenu, de le relier à
d’autres contenus et d’aider à ce qu’il émerge dans les moteurs de
recherche. Mais ce pouvoir est donné en synergie par les moteurs de
recherche qui se basent sur un mélange de quantité et de qualité des
liens pour faire percoler les pages pertinentes.

Dans la blogosphère, l’hyperlien est le mécanisme essentiel qui a fait
émerger le contenu de qualité. Les blogueurs qui ont une bonne
réputation sont ceux qui font des liens vers des sources de bonnes
réputations. Si le lecteur d’un blogue trouve que l’information
hyperliée n’est pas de qualité (c’est-à-dire qu’il ne lui prête pas de
crédibilité), il risque de tourner son attention ailleurs.

Quantifier la réputation

Divers sites tâchent de quantifier la réputation des blogueurs.
Technorati.com est l’un d’entre eux. Recensant des millions de blogues, il
permet, par mots-clés et par tag, de retrouver des blogues et des
billets. Technorati recoupe les informations pour créer un index
d’« autorité » basé sur le nombre de blogues (et non de billets)
pointant vers un blogue durant les six derniers mois. Plus ce chiffre
est élevé, plus il a de l’autorité selon Technorati.

L’autorité calculée est une façon de reconnaître, sans expérience
préalable, quel article sélectionner dans une page de résultats de
recherche, ou quel blogueur suivre sur un sujet donné. Dans cette optique, tous les
blogues n’ont donc pas la même influence. Et cette influence est
conférée par l’hyperlien, considéré comme lien de confiance.

Lecture



- Lecture. Power Laws, Weblogs, and
Inequality
de Clay Shirky.

- Question d’approfondissement. Imaginez un ou deux comportements de la part de blogueurs qui, s’ils étaient largement adoptés, permettraient d’aplanir ou
d’adoucir la loi de puissance (power law).

Les blogueurs laissent des traces en citant leurs sources. C’est cette
traçabilité qui permet de créer la crédibilité essentielle pour
avoir de l’influence, car, comme nous l’avons vu précédemment, vérifier une source est
l’équivalent de faire confiance. Mais c’est plus que cela.

On peut voir
maintenant le travail de synthèse accompli et aussi le type de tri que
les blogueurs opèrent à partir de la source d’origine. Selon le
travail et la qualité du résultat, on donne crédit ou non à la
personne qui nous transmet une information ou une connaissance via le
lien. Il se crée une légitimité d’expertise aux yeux de ses lecteurs.

[1Simon, H. A. 1971. Designing Organizations for an Information-Rich World, dans Martin Greenberger, Computers, Communication, and the Public Interest, The Johns Hopkins University Press.