Le web social et la circulation de l’information


4.2 Un bref tour d’horizon du web social actuel

4.2.1 L’adoption du web social

Le web social est le terme utilisé pour parler de la socialisation ou de l’interaction des gens via le réseau par l’intermédiaire de nouveaux outils qui leur permettent de passer d’un mode de presque pure consommation d’information vers un mode où chacun peut devenir producteur. Si le partage d’intérêts et les communautés existaient déjà depuis presque le début d’Internet, ce n’est que depuis l’émergence récente de certaines plateformes comme MySpace, Facebook, les blogues et les wikis que le phénomène a atteint des proportions de masse.

C’est donc une prolifération d’outils, de formats et de modes de participation qui ont élevé le web social à des proportions médiatiques de masse. Comme nous le verrons bientôt, c’est le nombre élevé de participants qui permet l’émergence de la qualité et l’identification de tendances dans la masse d’information désormais produite.

4.2.2 La propagation virale

L’une des particularités des outils du web social est cette facilité déconcertante avec laquelle on peut envoyer de l’information. Il est très facile de rediffuser un lien avec un système de signets sociaux ou avec un microblogue. La conséquence première en est l’apparition de phénomènes de « foule virtuelle », où un document, une page, une vidéo, une photo sont partagés ou vus des millions de fois. C’est ce type de réplication galopante qui a permis au web social d’être considéré sérieusement. Comment l’information aurait-elle pu atteindre tant de gens sans l’apport du réseau social ?

Voici un scénario de propagation virale typique. Un jeune adolescent trouve une vidéo sur YouTube et la transmet à ses parents. Ceux-ci la font suivre au bureau et le lien se propage sur l’intranet, le réseau interne de l’entreprise. Plusieurs employés vont aussi faire suivre ce lien par courriel à leurs proches, à l’extérieur de l’entreprise. Certains vont le mettre en signet pour consultation ultérieure et, s’ils utilisent un site de partage de signets, selon les étiquettes qu’ils vont employer, ils rejoindront certaines personnes qui suivent par agrégateur l’étiquette en question. Parmi ces personnes, certaines ont des blogues et peuvent publier un billet au bénéfice de leurs auditoires respectifs, qui, à leur tour, le propageront dans leur entourage.

Ce qui frappe tout de suite dans ce phénomène, c’est que la propagation de l’information ressemble moins à une communication classique d’un émetteur vers de nombreux récepteurs (modèle des médias de masse), qu’à la propagation d’un virus par « contagion ». Chaque participant joue le rôle de filtre et de relais à la fois. Le nombre de personnes qui reçoivent le message connaît initialement une croissance exponentielle. Étant donné que l’information est envoyée par chaque personne-relais, principalement à celles qui semblent le plus aptes à apprécier le message, chaque « nœud » de la propagation optimise ainsi le parcours du message pour rejoindre massivement le plus de gens possible.

4.2.3 La diffusion accélérée

Le 29 juillet 2007, un tremblement de terre de magnitude 5,4 à Los Angeles a provoqué une ruée instantanée sur l’outil de microblogging Twitter. Dans les secondes qui ont suivi, plusieurs microbillets et de nombreuses recherches dans l’outil sur le tremblement de terre ont démontré que la communauté propage l’information très rapidement, de sorte qu’il est possible pour des centaines de milliers de personnes de prendre connaissance d’un événement significatif avant que les médias de masse ne le rapportent (environ entre 5 et 10 minutes après le choc).

Ce type de messagerie est parfois le seul moyen de recevoir de l’information d’une zone sinistrée. Le tremblement de terre qui a touché la province du Sichuan en mai 2008 a aussi donné lieu à un déluge de micromessages envoyés sur Twitter, ainsi que ses pendants chinois Fanfou, Taotao, et Jiwai.de [1]

Un scénario semblable s’est déroulé lors de l’attentat terroriste dans un hôtel de Mumbai (Bombay), en novembre 2008, consacrant l’outil Twitter comme un puissant outil de « journalisme citoyen ». Les images et les informations circulaient plus vite que dans les médias traditionnels et, dans ce cas précis, l’exclusivité (scoop) provenait des témoins directs et même des victimes dans l’hôtel assiégé. L’utilisation de Twitter par la presse soulève cependant des questions concernant l’éthique et la sécurité des personnes impliquées.

L’information qui circule se trouve plus rapidement qu’auparavant sur le « marché », mais elle n’est pas validée. Nous avons tous le droit de penser, évidemment, qu’Internet contient aussi beaucoup d’information de mauvaise qualité. Mais avec une masse critique, on peut voir une information fausse se faire corriger rapidement ; on peut modifier un billet ou lier vers un erratum à n’importe quel moment. De nouvelles stratégies se mettent donc en place pour valider ou infirmer « a posteriori » les informations publiées. Ces nouvelles modalités émergent pour répondre au besoin de crédibilité.

Voici un exemple concret de diffusion accélérée sans validation préalable. En octobre 2007, un blogue annonce l’exclusivité suivante : Presse Citron, l’un des blogues les plus lus dans la Francophonie, vient d’être vendu pour une somme dans les six chiffres. Il n’en fallait pas moins pour que la nouvelle fasse le tour de la blogosphère francophone, relayée de blogue en blogue. Quelques heures plus tard, coup de grisou : la « nouvelle » s’avère un canular. Aussitôt, un vent inverse traverse le web et les billets sont amendés. La rumeur n’a donc duré que le temps qu’il a fallu pour la démentir. Ensuite, lorsque quelqu’un lisait l’exclusivité, il trouvait aussi le démenti qui l’accompagnait. Dans la presse écrite, l’erratum aurait été publié dans une édition ultérieure, laissant les premiers lecteurs qui n’avaient pas pu lire le démenti dans l’erreur.

Bien sûr, souvent le démenti est moins populaire que la nouvelle sensationnelle, et les auteurs en ligne ne font pas tous nécessairement des amendements rapides à leurs écrits. Il serait donc imprudent de croire que le système se corrige parfaitement de lui-même à tout coup.

[1Sources : Philippe Crouzillacq. 2008. Tremblement de Twitter en Chine. 01net ; BBC NEWS. 2008. China feels the quake online.